Procès à huis clos à Pékin pour un dissident chinois venu des Etats-Unis

LE MONDE


05.08.03 | 12h48

Yang Jianli a été jugé en trois heures pour espionnage.

Pékin correspondance

Le premier procès à sensibilité diplomatique depuis l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de dirigeants chinois, installée à l'automne 2002, s'est tenu, lundi 4 août, à Pékin, selon des modalités inchangées par rapport au passé. Jugé en trois heures seulement, après quinze mois de détention, Yang Jianli, un activiste pro-démocratique basé aux Etats-Unis depuis 1989, devrait attendre encore plusieurs semaines avant de connaître le sort que lui réserve la justice chinoise. Accusé d'espionnage au profit de Taïwan, et entré illégalement sur le territoire chinois, il risque une sanction très lourde, pouvant aller en théorie jusqu'à la peine de mort.

Durant son procès, dont l'accès a été refusé à la fois à sa famille et au personnel de l'ambassade des Etats-Unis en Chine, Yang Jianli a plaidé non coupable pour les deux charges retenues contre lui. Mathématicien et économiste établi à Boston, mais citoyen chinois, il estime que son pays n'a pas le droit de lui refuser l'entrée sur son territoire, bien qu'il ait utilisé le passeport d'un ami pour passer la frontière chinoise, et venir observer les mouvements ouvriers qui agitaient le pays en mars 2003.

Les accusations d'espionnage, elles, remontent à des activités vieilles de plus de dix ans : Yang Jianli aurait alors, selon la version chinoise, versé des fonds en provenance du Kuomintang, le parti alors au pouvoir à Taïwan, pour promouvoir des activités dissidentes en Chine. Selon les proches de l'accusé, celui-ci aurait effectivement offert des bourses de 100 dollars chacune à quatre personnes, dont trois membres de sa famille et un ami. Mais l'argent proviendrait de la fondation qu'a créée et que préside Yang Jianli à Boston, la Fondation pour la Chine du XXIsiècle. Et l'une de ces dotations aurait servi à financer un projet de sélection des graines de papaye dans la province du Shandong...

Par contraste, une note de la Sécurité nationale chinoise, citée par l'AFP, l'accusait d'avoir "développé un large cercle d'amis, collecté des informations confidentielles, dont des documents gouvernementaux sur la politique envers Taïwan et les conditions de vie de la population continentale".

LONGUE LISTE

Le cas de Yang Jianli s'inscrit dans une longue liste de dissidents basés aux Etats-Unis et appréhendés puis jugés en Chine pour espionnage. La plupart d'entre eux ont été expulsés du pays après leur condamnation, Pékin ne souhaitant pas envenimer plus que de raison ses relations avec Washington.

Le Sénat américain a voté à l'unanimité, il y a quelques jours, une résolution avertissant la Chine que des cas tels que celui de Yang Jianli pourraient nuire aux relations entre les deux pays. Le dissident semble bien l'objet d'une nouvelle démonstration de force diplomatique et, sauf dérapage imprévisible, devrait être, comme ses prédécesseurs, renvoyé à son tour vers les Etats-Unis, suite à l'énoncé du verdict, après avoir été privé de liberté pendant près d'un an et demi.

Séverine Bardon

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Source: "Le Monte.fr".